membres INPACT | Vendredi 20.10.2017 | 23:41

Fermeture Apparente

Pratique avancée


Niveaux de conscience entre la marche et la pratique de la forme

Qui ne s'est surpris à flâner dans la nature ou dans la cité sans trébucher ni heurter les obstacles se trouvant sur son chemin, tout en savourant à chaque pas le spectacle s'offrant à son regard et à sa pensée vagabonde et, de plus, en pensant au dernier film ou à tout autre sujet de divertissement ou de préoccupation !

Dans la vie de tous les jours, si tant est que nous portions notre attention sur nos « états d'esprit », ces attitudes peuvent nous être familières ou tout à fait inconscientes.

Lorsque nous marchons, nous savons, à la fois, suivre le chemin pour aboutir à l'endroit que nous voulons rejoindre ; poser nos pieds au sol sans trébucher sur une pierre ou glisser sur une peau de banane ; choisir la nature et le rythme de notre marche adaptée au terrain, au temps, à la nature du déplacement : aller à notre but (arrêt de bus, sommet d'une montagne, …), nous promener, flâner, observer ou rechercher quelque chose en nous déplaçant (champignons ou objet égaré, …) ; percevoir notre être intérieur : « sensations » de nos muscles, articulations et organes, rythme cardiaque, respiration, vibrations, émotions, … ; situer cet état intérieur par rapport aux sollicitations extérieures grâce à « l'éveil » de nos sens : odorat, ouie, sensations tactiles sur les différentes parties de notre peau découvertes ou couvertes, vue, goût… intuition ; notre pas peut être lié à notre état intérieur, il peut évoluer dans le temps, soit naturellement sans intervention de notre « intention », soit par la « volonté » de le changer.

Nous pouvons marcher d'un pas léger, lourd, décidé, sûr, prudent, hésitant, préoccupé, … reflet de notre état intérieur et en même temps traîner, nous presser, courir, flâner, déambuler, chercher, … Quelle richesse ! Dans le simple usage de la marche, voilà un champ d'expériences infini qui nous est offert avec la possibilité d'agir sur notre être physique, mental et spirituel.

Ainsi, à chaque pas, nous nous redressons et percevons notre verticalité tout en allant de l'avant dans un mouvement horizontal dans la direction choisie.

Fermeture apparente ou ouverture adaptée ?

En observant des pratiquants de Taiji quan, on peut relever la diversité des présences qu'ils dégagent : l'esprit n'est pas en accord avec le mouvement : il est flou et incertain, absent, ailleurs ; l'esprit est concentré en permanence sur le geste : il est fixe et n'est à l'évidence pas à l'écoute des évènement extérieurs ; l'esprit est comme au loin, le mouvement se déroule avec détachement, l'esprit est suspendu ; l'esprit alterne entre écoute intérieure et expression mais ne semble pas sensible à son environnement ; l'esprit est présent, absorbé par le geste tout en étant vigilant tel le regard du félin. Etc…

Lorsque nous déroulons la forme, chaque séquence se divise en deux parties qui s'articulent entre elles grâce à la transformation : préparation et expression ou fermeture et ouverture. Le corps, l'esprit et la respiration agissent de concert et nous utilisons généralement la juxtaposition de plusieurs états similaires à ceux qui ont été décrits dans la marche.

Le premier est l'intention de dérouler la séquence de notre choix. Elle suppose sa connaissance et ses applications. Le second est la richesse des états de conscience: état de conscience du geste que l'on accomplit, de sa signification martiale ou de son effet énergétique; conscience de son propre état intérieur ; perception des informations sensorielles suscitées par le déroulement du mouvement ; anticipation de la séquence suivante ; … Le troisième est la perception que nous avons de l'environnement dans lequel nous évoluons : fictive, réelle ou bien méditative.

L'intégration de ces 3 niveaux de conscience permet de transposer la séquence dans le travail à deux nécessaire à l'ouverture de notre être intérieur au monde extérieur. Cet extérieur dont la sollicitation nous contraint à l'adaptation. Il permet de dérouler la séquence comme un « acte tangible » après l'avoir éprouvée avec un partenaire réel ou fictif. Ainsi, la forme se remplit de sens !

Dans l'étape suivante, celle qui nous permet de nous détacher des applications, chaque séquence obéit toujours à la succession d'une fermeture et d'une ouverture. Ainsi, le regard (d'attention) se porte sur l'absorption, acte d'intériorité qui ouvre à la transformation et à l'expression. Dans la première partie, l'attention est portée sur notre propre corps dans la zone où se passe l'absorption : c'est la protection de soi, le retour sur soi même qui permet la transformation : une fermeture… apparente, en quelque sorte ! Puis, dans la phase d'ouverture, le regard s'ouvre et se porte dans le champ d'expression de la riposte.

Dans le mouvement subtil de la « fermeture apparente » après avoir saisi la queue de l'oiseau (du moineau !), dans la phase de retrait et de rotation de la taille (spirale descendante) l'avant bras conduit la pression de l'adversaire et la dévie subtilement sur la proximité de notre propre corps tout en la contrôlant. A cet instant, l'attention se porte sur la zone de contact avec le bras de l'adversaire : le « regard rentre à la maison », il s'introvertit et est apparemment posé sur cette partie de l'avant bras pendant que la conscience reste en perception globale de l'adversaire (le corps reste suspendu et ne s'affaisse pas, le dos reste érigé !). Lorsque la main se tourne vers le sol avec la rotation inverse de la taille et le redressement subtil de la jambe arrière (spirale montante), l'autre main surgit vers l'adversaire alors que la jambe arrière se détend comme un ressort et le poids du corps passe sur la jambe avant. Ici l'attention change de nature et se porte sur l'épure du geste qui s'exprime vers l'adversaire: le « regard sort ». Puis il rentre à nouveau sur la sollicitation fictive de l'adversaire et resurgit avec toutes les griffes de ses dix doigts dans un « h'…an » libérateur qui projette l'adversaire au diable de l'infinie ouverture !

Alors, « Fermer de façon apparente »… n'est-ce pas une manière habile, par deux fois, de se mettre à l'écoute de l'état intérieur, se recueillir sur la pression extérieure pour mieux s'ouvrir et se projeter vers l'extérieur ?

Retour sur le quotidien et la marche

L'observation de nos multiples façons de marcher n'est elle pas la meilleure façon de nous préparer à la pratique et aussi de la perfectionner dans ses états intérieurs et extérieurs ? Une occasion de pratiquer « en dehors » du monde protégé de la pratique traditionnelle ? L'usage du banal quotidien pour peaufiner notre pratique. De par ses caractéristiques spiralées montantes et descendantes, le Taijiquan de notre école est particulièrement propice à cette approche dans le cadre de l'ondulation naturelle de la marche.

Sur une idée apparue en déambulant un matin vers mon petit déjeuner…

Christian Bernapel.

Image introuvable

Vendredi 20.10.2017 - 23:41 | 1 connecté | 81929 visiteurs | Mise à jour le 20.10.2017
Administrer | Revenir à la page d'accueil | Remonter en haut de cette page
INPACT-Taiji.com © Association INPACT, 2003 - 2016 | Mentions légales