membres INPACT | Lundi 11.12.2017 | 19:57

L'expression juste

Sommaire du document

Principes au service de l’expression juste du geste du tai ji quan


Introduction théorique

Chacun s’accorde pour dire que « l’intention préside au geste ». Par contre, les avis divergent quant à l’origine du mouvement générateur du geste. Prendre conscience de cette origine est d’une grande utilité pour une pratique juste respectant les fondamentaux du taiji quan.

Le texte classique attribué à Zhang San Feng précise que : « l’énergie », la « force » prend racine dans les pieds, se développe dans les jambes, est guidée par la taille et se manifeste dans les doigts.

Dans sa simplicité, l’ordre choisi décrit avec précision les étapes successives qui permettent la manifestation du geste conscient.

Le Yangjia Michuan se distingue de la majorité des autres écoles par une particularité rare : les gestes de la forme et du tui shou s’expriment dans les directions de la sphère de l’espace grâce à une succession ondulatoire montante et descendante du corps. Cet apparent paradoxe conduit les enseignants et les étudiants à des interprétations diverses quant à l’origine du mouvement qui sous tend le geste.

J’ai trouvé le texte de Zhang San Feng particulièrement pertinent pour nous aider à mieux comprendre l’origine, l’appui qui permet l’expression du geste. Ma proposition de discussion s’appuie ( ! ) sur les éclairages apportés par les deux premiers exercices de base de tui shou de notre école dans leurs aspects d’esquive et de poussée. Je précise que je n’aborde pas, dans cet essai, la dimension essentielle du souffle qui soutient à chaque instant le déroulement souple et ferme du mouvement. Je rappelle simplement que, dans la pratique du taiji quan, le corps se ferme, à l’inspir et s’ouvre à l’expir. Alors que dans le nei gong, le processus est inverse.

La mobilisation des membres supérieurs (bras, avant bras et mains) vers l’extérieur de soi (expression) ou vers soi (absorption) est générée par les mouvements spiralés ascendants ou descendants croisés générés ou amortis par l’appui au sol (pied, jambe) et conduits par la bascule (antéversion ou rétroversion) du bassin et la transmission ondulatoire de la colonne vertébrale vers l’axe des épaules. Ainsi, l’action « horizontale » trouve son origine dans la gestion « verticale » des forces de gravité: le redressement, qui nous fait « homme ».

La coordination globale de ces rotations spiralées s’effectue grâce aux ceintures pelvienne et scapulaire qui agissent tantôt comme source ou comme récepteur suivant le cas (pratique en solo ou à deux).

Ainsi, jambes avant et arrière sont étroitement liées et l’on ne peut parler de l’une sans l’autre.

Pilier pour la jambe avant ou arrière sur laquelle on prend son appui ascendant ou descendant.

Arc boutant avant quand la jambe arrière est pilier ou ancrage arrière quand la jambe avant est pilier.

Par ailleurs, chaque pied agit finement dans ses appuis au sol. Talon, voûte plantaire, bol du pied ont chacun leur rôle. Statique ou déplacement obéissent à des règles précises quant aux appuis, du talon à la pointe du pied. Ainsi, le talon pourrait trouver son équivalent dans la jambe arrière, le bol du pied dans la jambe avant, la voûte plantaire dans le plancher pelvien.

Chacun a pu prendre conscience des mouvements en forme de 8 (lemniscates) agissant dans le déroulement des gestes de la forme: sous nos pieds ; entre la jambe avant et arrière, entre les deux hanches et entre les deux épaules, dans les mouvements verticaux croisés entre les côtés droits et gauches du corps et bien sur le mouvement ondulatoire de la colonne vertébrale.

Initier un mouvement nécessite une origine, un appui. L’astronaute a besoin d’une impulsion, d’un appui pour évoluer dans le vide. A l’identique, dans l’évolution «verticale» du taiji quand, le geste en solo trouve son origine dans les appuis au sol. Chaque geste, conséquence du mouvement trouve son origine dans l’alternance des appuis au sol, ascendants ou descendants qui génèrent la rotation du corps. Cette règle n’est plus la même dans le travail à deux quand interviennent, en plus de nos appuis au sol, les actions du partenaire.

Ainsi, l’action détermine l’usage du pilier sur lequel on « appuie » comme un pied sur une pédale de bicyclette pour générer le mouvement ascendant (action yang) ou qui « absorbe » comme un amortisseur pour conduire le mouvement descendant (action yin).

Dans tous les cas, la mise en œuvre de l’appui au sol, qu’il soit montant ou descendant nécessite le relâchement contrôlé du bassin et l’action d’extension ou d’amortissement de l’ensemble genou et cuisse. En effet, l’action du bassin modifie la nature de l’appui au sol. L’on peut ainsi conclure que bassin, jambes et pieds sont étroitement liés pour conduire l’appui ou l’amortissement au sol !

La succession des étapes qui président à l’expression du geste conscient serait donc: l’intention de l’acte à accomplir, l’appui au sol, l’action de ressort des jambes, le contrôle par la taille; la transmission ondulée par la colonne, la conduite par les épaules et enfin la manifestation du geste dans les mains ou une autre partie du corps (poignet, coude, épaule, genoux, dos, tête…). Nous rejoignons les classiques ! Je laisse au lecteur le soin d’imaginer la succession des étapes en cas d’absorption en solo ou à deux !

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Illustrations pratiques

1. Appui au sol : forces montantes et descendantes

Application des deux premiers exercices de base : aspect esquive

La force montante : premier exercice de base

La position de départ est « assise » sur la jambe arrière ;

  1. La jambe arrière appuie sur (repousse) le sol. Mouvement spiralé montant. L’épaule de la jambe d’appui s’efface grâce à la rotation de la taille et des épaules ;
  2. La jambe arrière relâche son appui au sol. Mouvement spiralé descendant. Le corps reprend sa position initiale.

La force descendante : second exercice de base

La position de départ est « redressée » sur la jambe arrière ;

  1. La jambe arrière relâche son appui au sol. Mouvement spiralé descendant. L’épaule opposée à la jambe s’efface grâce à la rotation de la taille et des épaules ;
  2. La jambe arrière repousse le sol. Mouvement spiralé montant. Le corps reprend sa position initiale.

Battre les flancs à droite et à gauche :

Combinaison des deux premiers exercices qui s’engendrent mutuellement. Test : raccourcir le mouvement pour sentir plus finement l’alternance des appuis.

Commentaire : rouler à bicyclette est l’illustration parfaite de l’alternance du yin et du yang. La poussée sur la pédale redresse le corps. Arrivé en bas, le corps relâche du même côté pour enclencher le mouvement de l’autre côté.

Test : Identifier la complémentarité du mouvement de la jambe qui se trouve du côté de la pédale qui remonte.

2. Les arcs croisés : le pilier et l’arc-boutant

Le pied gauche est la source de l’action de la main droite et réciproquement.

Exercice préliminaire : rebondir entre la jambe avant et la jambe arrière (alternance pilier/arc boutant) :

  1. Impulser le mouvement vers l’avant par appui sur le talon du pied arrière et redresser le pilier de la jambe arrière ;
  2. Amortir le mouvement sur le bol du pied avant et l’arc boutant de la jambe avant ;
  3. Renvoyer le mouvement vers l’arrière en redressant le pilier de la jambe avant ;
  4. Recevoir le mouvement sur l’arc boutant de la jambe arrière et le talon ;
  5. Recommencer (dans la continuité).

Consignes : le mouvement est ininterrompu comme une chaise à bascule, le bassin alterne l’antéversion et la rétroversion.

Observation : le mouvement du corps qui se voulait horizontal se verticalise grâce à l’arc boutant de la jambe avant.

Test : émettre sur le bol et amortir sur le talon pour sentir la différence.

Application des deux premiers exercices de base : aspect des poussées

Poussée du premier exercice de base : La jambe arrière est pilier, la jambe avant est arc-boutant et stabilise la jambe arrière. Le corps ne tourne plus comme dans l’aspect « esquive » : l’arc boutant avant prend toute son importance. La main de la jambe avant est nourrie par le pilier de la jambe arrière : arc croisé.

Poussée du second exercice de base : La jambe avant devient pilier, la jambe arrière garantit l’ancrage et stabilise la jambe avant. La main de la jambe arrière est nourrie par le pilier de la jambe avant.

Illustration : dans le geste AN , identifier la source de la poussée de chaque main... Pousser avec les deux mains, puis ne pousser plus qu’avec une seule alterner main avant et main arrière : identifier l’origine de l’appui.

Commentaire sur les exceptions apparentes : TS'AI nécessite l’élévation du genou opposé comme source.

3. Application simultanée de ces principes.

Trouver comment s’enchaînent les gestes de la forme en respectant rigoureusement l’alternance de monter et de descendre.

Identifier les principes dans les exercices de base, les poussées correspondantes, le déroulement de la forme. Enfin dans le travail à deux : poussée et amortissement.

Comprendre comment s’opèrent les transferts de la jambe arrière vers la jambe avant et réciproquement.

Définitions

Mouvement : changement de position dans l’espace en fonction du temps = déplacement, trajectoire, …

Geste : mouvement volontaire ou involontaire du corps visant à exprimer, à exécuter « quelque chose » (avec la conscience).

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Lundi 11.12.2017 - 19:57 | 1 connecté | 82373 visiteurs | Mise à jour le 11.12.2017
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